| Jeff Mills opère un tabassage en règle à Weetamix |
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| Écrit par Deepvibe |
| Dimanche, 07 Février 2010 23:41 |
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Valeur sûre et affiche de rêve ce vendredi 5 février 2010 à Weetamix. Notre bourreau de la soirée : rien de moins que Jeff Mills, la Chicago Superstar qui, sous l’égide du label Axis Records, nous a fait passer par tous les états d’âme et par toutes les vicissitudes corporelles. Une journey éprouvante, surnaturelle et ensorcelante que nous ne sommes pas près d’oublier et qui restera assurément gravée dans les annales.
A preuve les stigmates mentaux et physiques que tous les participants à cette messe nocturne endiablée porteront sans doute pendant une bonne partie du reste de l’année. Mais l’établissement d’un diagnostic « post-Jeff-Mills » du teufeur moyen outrepasse la vocation du présent reportage. Revenons donc à nos moutons ! Peu après minuit, nous arrivons sur les lieux et première surprise : environ 10 minutes de queue, phénomène peu fréquent à cette heure et qui témoigne du bien-fondé d’avoir choisi préventivement de venir un peu plus tôt pour l’occasion. Passage par le door staff, à l’amabilité toujours aussi irréprochable, présentation du badge à la caisse, ouverture de la porte métallique, traversée du rideau, accès à l’intérieur du club, et deuxième surprise : il n’est même pas 24h30 et une foule impressionnante a déjà investi une bonne partie des locaux, que ce soit vers les distributeurs à l’entrée, dans la salle loungie, au bar et même dans la grande salle ! Nul besoin de préciser qu’une concentration aussi précoce de clubbers ne peut que laisser présager un événement d’anthologie.
En fait, à ce moment-là , la soirée bat déjà son plein. J’apprends en effet qu’un superbe warm up est en train de nous être distillé par la Genevoise Daria (du label Lomidhigh). Me pointant sur le mainfloor après une petite mousse, je ne peux que reconnaître que notre performer locale a clairement de quoi rivaliser avec les meilleurs artistes internationaux. Une délicieuse tech-house teintée de minimale vient s’engouffrer dans mes oreilles avides de bon son. De solides basses assurent un support sans faille à une rythmique à la fois percutante et raffinée. C’est alors que je me rends compte que la salle est carrément blindée. Malgré l’heure relativement précoce, les premiers cris et sifflements retentissent déjà . C’est un gros succès pour la DJette, et à chaque personne que je croise, les compliments fusent. Pour être franc, je dirais même que Daria a virtuellement enflammé la salle avec un set impeccable ! Â
Comme d’habitude, la qualité sonore est au rendez-vous. Volume subtilement réglé et parfaitement dosé pour un envoûtement intégral. Le lieu ne cesse de se remplir et il devient difficile de faire deux pas sans marcher sur les pieds de quelqu’un. C’était de toute façon à prévoir : l’envergure de la star ne pouvait être que proportionnelle à l’affluence de clubbers cette nuit-là . Une foule des grands jours qui signe le début d’une épreuve physique sans concession. Tel est le prix à payer pour pouvoir savourer un mix de Jeff Mills en se trémoussant à 3 mètres de l’artiste.
A 2h10 pétantes, nous assistons à l’entrée en scène du maître chicagoan du mouvement techno. D’emblée, le ton est donné : une longue intro planante vient se juxtaposer au dernier morceau envoyé par Daria. Nous y voilà , mais que de monde ! Heureusement, la ventilation côté gauche nous envoie en alternance un petit filet d’air frais. La température de la salle reflète parfaitement l’ambiance dans laquelle baigne Weetamix. Entre parenthèses, je me permettrais de relever que le public était légèrement moins « pointu » que d’habitude, mais rien d’étonnant au vu du ratissage assez large opéré par Jeff Mills depuis des décennies.
Que dire côté musique maintenant ? Et bien difficile de proférer autre chose que « C’est du Jeff Mills ». En effet, l’Américain a un style tellement spécifique et personnel qu’il en devient impossible à catégoriser. Tout se fait en douceur : grâce à de savants bidouillages informatiques en plus des nombreuses platines utilisées par l’artiste, les tracks semblent durer 10 minutes chacun et nous entraînent progressivement dans un voyage psychédélique sans précédent. Nous nous promenons d’abord dans un registre techno planante limite dark dub avec des rythmes assez secs et bruts de décoffrage. Peu d’explosivité, mais une progression certaine et quasi imperceptible vers des morceaux plus durs. Après une excursion W.-C. ayant requis 15 minutes d’attente dans la queue, je me fraie difficilement un chemin jusqu’à mon lieu de prédilection sur le dancefloor. Le constat est alors édifiant: qu’est-ce que ça tabasse tout d’un coup ! Le DJ a non seulement dû augmenter le volume, mais il est également passé à l’étage supérieur en termes de « brutalité ». Une cadence d’au moins 135 bpm, de gros kicks et des charleys dans le plus pur style Chicago techno envahissent le mainfloor et provoquent l’hystérie générale. On n’est pas vraiment dans la finesse - témoin l’absence de beats syncopés et de variation harmonique - mais la maestria avec laquelle enchaînements et superpositions sont réalisés nous laisse tous pantois. Toujours sérieux, visage fermé, l’artiste est complètement absorbé par son activité et reste impassible, même lorsque la salle lui signifie bruyamment que le morceau en cours est une bombe. Inarrêtable, il semble être « dans son trip ». C’est d’ailleurs cette attitude qui le caractérise par rapport à d’autres DJ jouant dans le même registre. Son set est carrément hypnotique et nous transporte dans des recoins inexplorés de la techno. C’est du jamais entendu et même si je ne suis pas un fan de musique aussi « cogneuse », je me laisse enivrer, yeux fermés, par ce tempo infernal aux relents électrisants.
Vers 5h, il me devient impossible de résister à l’appel du sommeil. Fatigué, transpirant, visage marqué, je constate que l’organisme a souffert, notamment à cause de la foule, et qu’il est temps de plier bagage. En résumé, une soirée très éprouvante et un tabassage en règle qui a probablement dû se prolonger jusqu’à la fermeture. Les hématomes risquent de mettre du temps à se résorber… |



