Après-midi nuageuse, ambiance jazzy à l’aiglon et un café. Nicola (le photographe) arrive, suivi par Cyril. Salutations, présentations, un thé et on peut commencer.
Salut, pourrais-tu te présenter, pour les personnes qui ne te connaissent pas encore…
Cyril Léger, ça fait maintenant vingt ans que je mixe. J’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’étais passionné par le milieu de la nuit et la musique. Je fais partie des premiers DJ qui ont réussi à être émancipés, en tout cas en France, et à travailler en club avant l’âge de 18 ans. Au départ c’était dans des lieux plutôt généralistes. En 1989, j’ai commencé les premières soirées (Acide House), c’est là que j’ai eu un coup de cœur pour cette musique dont on ne connaissait pas vraiment les titres. C’est à l’âge de 21 ans que je suis parti au Canada. Un départ complètement à l’arrache, sac à dos, une caisse de vinyles et 500 francs français en poche. J’y suis resté un an et demi à mixer sur toute la côte nord américaine. J’ai fait Montréal, Ottawa, Toronto et ceci jusqu'à New York. Lors de mon retour en Europe je suis devenu démonstrateur pour différentes marques, telles que Stanton, Gemini et Ecler. Ça été une excellente période où j'ai voyagé un peu partout dans le monde et qui m’a permis de rencontrer plein de Dj’s et énormément de gens super sympas. Pour finir il y a environ 15 ans je suis arrivé à Genève, une ville ou la scène est beaucoup plus petite, mais il s’y passe des choses assez intéressantes. Je suis devenu directeur artistique du Rêve D’ô, dont beaucoup de gens se souviennent encore. Depuis je continue mon chemin et actuellement je suis plus dans la production qu'auparavant et bien sûr toujours le mix.
Avec quel genre de musique as-tu commencé et quelles ont été tes influences ?
Ma musique de base était le Hip Hop, mes influences étaient beaucoup Africa Bambata, Run DMC & Beasties Boys. J’ai grandi avec cette musique et lorsque l’électro est arrivée, j’ai eu le coup de cœur et je suis parti exploré cette scène. A l’époque on n’avait pas Internet, on arrivait dans une espèce de terrain vierge ou l’on pouvait planter quelque chose et la voir avec toute sa perspective. On a retrouvé un peu cette sensation avec l’arrivée du Web. Aujourd’hui quand on sort de la musique, il est difficile de prévoir le résultat, tellement on est noyé dans toutes les sorties des autres labels. Dans ton parcours quelle est la soirée qui t’a le plus marqué, celle dont tu gardes le meilleur souvenir ?
C’est difficile! Chaque année je me pose cette question en fait. Je retiens finalement une soirée par année mais quelle soirée !!! C’est des soirées dans lesquelles, il y a eu un moment de grâce. Des soirées ou tout s’est bien passé, avec le public, avec les DJ’s. Chaque souvenir est accumulé, ce serait maintenant comme un album photo, de toutes ses soirées. Mais si je retirais une photo de cet album, ce serait lors de mes 21 ans à Toronto. Un gros événement est alors organisé dans deux grandes salles mais l’une d’entre elles n’a pas eut les autorisations. On s’est donc retrouvé avec l’équivalent de 2 scènes complètes réunis sur un seul main floor. Le DJ qui m’a précédé, jouait du Hardcore. A l’époque je jouais de la « teck progressive », genre « Hardfloor », c’était un style très européen pour une scène américaine très influencée par Détroit et Chicago. Lorsque j’ai commencé à jouer, tout le dancefloor s’est vidé. J’ai ouvert mon set avec « Sven Vath - Ritual Of Life ». J’avais commencé sans basses volontairement, ce morceau est comme une montée sur environ 7 minutes... plus le titre avançait, plus j’augmentais le gain et les basses, ceci jusqu’au break. Lors de la montée tout le monde a commencé à se réunir sur la piste. Le public a explosé lorsque le morceau a recommencé. C'est un souvenir génial et aussi de voir les organisateurs qui lorsque j'ai commencé mon set se sont liquéfiés parce qu’ils voyaient que j’avais vidé la salle mais lorsqu’ils ont vu que le dance floor était à nouveau rempli et que les gens bondissaient dans tous les sens alors leurs sourires est revenu... jusqu'aux oreilles ! J’ai fini mon set debout sur les platines en train de jeter de la flotte sur les gens, c’était vraiment mémorable.
Et le plus mauvais ?
Il y aurait plein d’anecdotes !! Dans une soirée il y a toujours du bon et du mauvais. Un jour j’étais à New York, je devais mixer dans un vieux building, c’était complètement illégal, lors de mon arrivée, j’avais les caisses de disques dans les mains et les flics on débarqué au même moment. A chaque étage, t’avait de la musique différente ! Je montais les escaliers alors que tout le monde descendait... Je ne comprenais pas ce qui ce passait mais c’était la panique à bord ! D’un coup je vois 2 gars qui portent une nana, elle avait l’air complètement défoncée et ils étaient suivis par les flics. Je ne sais pourquoi,… tout d’un coup ils l’on lâchée, elle est tombée la tête la première sur le sol, le son résonne encore dans ma tête. Je n’ai pas eu le temps de la rattraper et ça m’a vraiment choqué. C’est le moment le plus trash que j’ai vécu.
Qu’est-ce que tu préfère dans la scène genevoise, bars ou clubs ?
Ce n’est pas une question de lieu en fait mais plutôt une question de public. Si les gens sont là pour faire la fête, que ce soit en bar ou en club, j’aime. L’avantage en club, c’est que tu peux t’exprimer plus longtemps, tu peux mixer jusqu'à 5 heures, donc aller plus loin dans ta musique. Dans ton parcours tu as mixé avec énormément de DJ's, est-ce qu’il te reste encore un artiste avec lequel tu rêverais de travailler ?
Oui, il y a plein de DJ's avec lesquels j’aimerais partager les platines, mais en fait je me rends compte que les gens avec lesquels j’aime vraiment travailler, c’est les potes. Ceci parce que finalement c’est avec eux que tu prends le plus de plaisir. Il est vrai que c’est intéressant à mettre dans sa bio que l’on a mixé avec des grands et j’ai eu l’occasion de le faire. Mais entre amis on n’a rien à se prouver, et on est la juste pour s’amuser !Récemment j’ai mixé avec « Crowedpleaser » et ce fut vraiment un plaisir. C'est un artiste très connu de la scène alternative genevoise. On a fait une belle soirée, c’était sympa. C’est toujours cool de faire de nouvelles rencontres.
Quels sont tes projets au niveau production ?
La production est devenue un moyen essentiel, pour moi de m’exprimer, en tout cas en tant qu’artiste ! Afin de pouvoir donner ma propre vision de la musique. Partager ce que j’aime. Je mets beaucoup d’énergie à faire de la musique, à travailler avec des labels. Fin de l’année passée, j'ai sorti « My factory EP » sur Black and White Orange Records, on peut retrouver les titres sur Beatport et d’autres plateformes de téléchargement. Il y a aussi « Deep Side » sorti sur un label anglais « Influential House Recording ». Avec « Fantastic Friends Recordings », label de Nicolas Duvoisin, il devrait y avoir trois titres en perspective. C’est cool de sortir sur un label genevois ! Surtout que Nico c’est un super bon pote et il a d’excellentes qualités artistiques. Il fait beaucoup pour la promotion de l’électro suisse. Si tu te retrouvais isolé de toute source musicale, quel serait le titre que tu garderais sur toi ?
C’est assez dur de répondre à cette question, mais je pense que ce serait un morceau électro jazz de « Ian Pooley », remixé par Jazzanova. Je l’ai dans mon Iphone, c’est … « What’s your number ».
Quel avenir pour l’électro sur Genève ?
Je pense que grâce à Internet il y a de plus en plus d’artistes qui se font connaître rapidement. On bénéficie d’une vitrine énorme dont nous ne disposions pas avant. La suisse est petite, mais avec ce moyen de promotion, les locaux peuvent s’exporter plus ! Si tu prends l’exemple de « Lee Van Dowski », artiste que j'apprécie pas mal ces temps, il est juste de l’autre côté de la frontière et il est en train de prendre un envol assez exceptionnel. Ça montre justement qu’aujourd’hui, tu peux être dans un petit village, dans le canton du Jura ou ailleurs, mais si tu fais de la musique intéressante, il y aura toujours un bon label qui sera intéressé par sortir tes productions. Et tu peux te retrouver sur la scène internationale assez rapidement.